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Pour Jovenel Moïse, un président provisoire n'est pas un président
1 Août 2017 | 7h13 PM ET


MIAMI -- Si l'on tient compte de la population électorale haïtienne, il est clair que l'actuel président haïtien, Jovenel Moïse, gagnant de l'élection présidentielle de novembre 2016, fait face à un sérieux déficit de popularité. Les Haïtiens avaient en effet largement boudé ce scrutin, avec un peu moins d'un sixième du corps électoral à s'être rendu aux urnes, ce qui enlève, de fait, une grande légitimité au novice politicien.

Pourtant, au fil de ses interventions publiques, l'homme de Trou-du-Nord s'adoube un rôle présidentiel supérieur à celui de plusieurs de ses prédécesseurs, dédaignant le devoir de réserve qui incombe à sa fonction.

Avec une intelligence masquant à peine l'inélégance, sa phrase " Le président a parlé. Point-barre ! " est révélatrice à plus d'un titre sur l'état d'esprit du nouveau Chef de l'État.

Cette formule malheureuse, prononcée en janvier 2017 devant une foule rassemblée aux Cayes pour le dimanche pré-carnavalesque, était censée mettre fin aux atermoiements en attribuant à la métropole du Sud les festivités traditionnellement tenues dans la capitale Port-au Prince. Son annonce n'avait fait qu'accentuer la confusion, suscitant critiques et indignations notamment au sein des réseaux sociaux reprenant en boucle ses propos maladroits. Certains allaient même jusqu'à coiffer M. Moïse d'un chapeau d'apprenti dictateur.

L'actuel Chef de l'État vient de choquer les anciens présidents provisoires du pays, en publiant le 19 juillet dernier dans le journal officiel de la République d'Haïti, Le Moniteur no 113, un " Projet d'arrêté octroyant EXCLUSIVEMENT aux Chefs d'État élus au suffrage universel les privilèges et avantages. " Une décision unilatérale prise lors d'un Conseil des ministres tenu le mercredi 12 juillet dernier au Palais National. Dans un pays où seulement trois présidents ont été élus au suffrage universel durant les trois décennies post-Duvalier, à savoir : Jean-Bertrand Aristide, René Préval et Michel Joseph Martelly, l'arrêté de M. Moïse soulève évidemment une vague d'inquiétudes et risque donc de faire des remous. Certains n'ont pas manqué de pointer du doigt le fait que les anciens premiers ministres, ministres et secrétaires d'État n'ont pas été inquiétés outre mesure par ce nouvel arrêté.

" Considérant que le processus électoral concourt à la stabilité démocratique et au renforcement des institutions de la République et qu'il convient de l'encourager et de limiter toute utilisation abusive des deniers de l'État; sur le rapport du ministre de l'Économie et des Finances et après délibération en Conseil des ministres : article 1er.- Sont réservés aux chefs d'État élus exclusivement au suffrage universel les privilèges et avantages prévus aux articles 2 et 3 de l'arrêté du 23 septembre 2015 relatif aux privilèges accordés aux anciens chefs d'État et de gouvernement ", peut-on lire dans l'arrêté présidentiel portant la signature du chef de l'État, du Premier ministre et des autres ministres du gouvernement.

Il faut rappeler que l'article 2 de l'arrêté du 23 septembre 2015 pris sous la présidence de Michel Martelly se lit ainsi : " Tout ancien chef d'État ou de gouvernement dispose de : a) un secrétariat ; b) un service de sécurité rapprochée ; c) moyens de transport adéquats. " Ledit article fait obligation à l'État de " Garantir les frais de fonctionnement du secrétariat et du service de sécurité rapprochée ainsi que les dépenses d'entretien des véhicules mis à la disposition de l'ancien chef d'État ou de gouvernement. "

Il est à rappeler aussi que l'ancien président Préval est décédé en mars dernier, ce qui porte à seulement deux le nombre d'anciens présidents d'Haïti élus démocratiquement encore en vie. Tandis que les anciens présidents provisoires encore vivants sont au nombre de cinq : Jocelerme Privert, Boniface Alexandre, Ertha Pascal Trouillot, Prosper Avril et Henry Namphy.

Assainir l'administration publique

Depuis son arrivée à la tête du pays en février 2017, le chef de l'État a toujours manifesté son intention d'assainir l'administration publique haïtienne. Citons en exemple deux arrêtés pris en avril dernier et portant respectivement sur les subventions accordées par les institutions publiques et sur le train de vie de l'État. Depuis quelques mois, l'extravagant train de vie des fonctionnaires de l'État est apparemment contrôlé. Les voyages officiels (per diem), cartes téléphoniques, prix des véhicules de l'État en passant par le carburant sont passés au crible et particulièrement régulés.

En choisissant de ne pas organiser de grandes festivités pour marquer son ascension à la Présidence en février dernier et de limiter l'achat de grosses cylindrées de luxe pour les membres de son gouvernement, le président Moïse avait ainsi donné le ton. Ces décisions ont d'ailleurs été unanimement applaudies et saluées par tous les citoyens honnêtes du pays.

Objet de Vives Critiques

Cependant, suite à la publication de ce projet d'arrêté, Jovenel Moïse fait face actuellement à de vives critiques de la part de plusieurs acteurs de la vie publique. Lucien Jura, un des membres du bureau de Communication de la présidence, apporte des explications dans la presse au sujet de cet arrêté. " Cet arrêté à " effet rétroactif " concerne tous les anciens chefs d'État n'ayant pas été élus au suffrage universel. Cette décision est prise dans la logique d'inciter les gens à aller aux urnes pour accéder (sic) à la magistrature suprême de l'État. "

L'heure de la revanche?

D'aucuns voient pourtant dans cette mesure l'intention claire de M. Moïse de prendre sa revanche sur l'ancien président provisoire Jocelerme Privert. Des raisons inavouées seraient donc cachées derrière cette décision, avec des relents de vengeances politiciennes. Sinon, comment expliquer que tous les anciens hauts responsables de l'État (Premiers ministres, ministres et secrétaires d'État) aient été épargnés par l'arrêté et continuent, de ce fait, de jouir des mêmes avantages et privilèges alors qu'ils ont officié sous la tutelle de présidents provisoires. " C'est une très mauvaise lecture faite par ces gens-là, dans la mesure où le président Privert n'est pas le seul touché par cet arrêté," s'est défendu le porte-parole Lucien Jurat qui a préféré botter en touche.

Si l'ancien Général Propser Avril avait pris le pouvoir par la force des armes, à la faveur d'un coup d'État perpétré le 17 septembre 1988 contre l'ex-Général Henry Namphy, tel n'était pas le cas pour Ertha Pascal Trouillot, Boniface Alexandre et Jocelerme Privert. Que l'on veuille ou non, ces trois présidents provisoires ont particulièrement rendu service à la nation. Ils ont en effet réussi à organiser des élections présidentielles jugées 'crédibles' par plus d'un, permettant par la même occasion au pays de se remettre sur les rails démocratiques.

Quant à l'ancien président Jocelerme Privert, s'il est vrai que son arrivée à la tête du pays eut lieu grâce à une élection indirecte inédite et fait suite à un vide institutionnel, il n'en reste pas moins qu'il fût élu par l'Assemblée Nationale, dont chaque membre représente une bonne fraction de la population haïtienne. Ainsi, la nomination de Jocelerme Privert à la présidence du pays doit être vue comme étant le résultat d'un processus démocratique et non comme une usurpation.

Des 'mal élus'

En analysant le taux de participation des électeurs aux différents scrutins de l'ère post-Duvalier, on s'aperçoit qu'à l'exception de l'élection de Jean-Bertrand Aristide en décembre 1990, tous les présidents arrivés au pouvoir par la voie des urnes sont des 'mal élus'. En prenant en compte le faible niveau de participation et les nombreuses irrégularités qui ont entaché l'élection présidentielle de novembre 2016, il paraît clair que Jovenel Moïse fait partie de la liste des présidents les plus mal élus de la République, au même rang que feu Lesly François Manigat (élection présidentielle de Janvier 1988), René Préval (élection présidentielle de Février 2006), et plus récemment Michel Martelly (élection présidentielle de Mars 2011). Tous ces présidents n'ont n'a pas recueilli l'assentiment de la moitié des électeurs inscrits, rendant leur légitimité caduque à l'aune d'une analyse strictement arithmétique.

Au regard de l'histoire politique d'Haïti, l'accession de Jocelerme Privert n'est pas différente de celle de feu le président Dumarsais Estimé qui, le 16 août 1946, et après deux tours de scrutin ponctués par une majorité de 31 voix sur 58, était élu président de la République d'Haïti pour un mandat de cinq ans par l'Assemblée nationale.

Le président Jovenel Moïse devrait prendre le temps nécessaire d'analyser le contexte sociopolitique des présidences provisoires et mesurer l'incidence de sa récente décision sur tous ces anciens chefs d'État. Cet arrêté est en effet de nature à pousser les filles et fils dévoués à la cause du pays à ne pas venir à la rescousse de la République quand le besoin s'en fera sentir à nouveau. Car, faut-il le rappeler, les élections qui se sont tenues en Haïti durant ces 30 dernières années ont parfois été entachées par des frondes massives qui ont divisé les différentes factions politiques et provoqué un désintérêt croissant des citoyens pour la chose publique.

Cette instabilité institutionnelle, exacerbée par les vicissitudes électorales, peut présager le retour éventuel de la présidence provisoire si rien n'est fait pour poser les jalons d'une démocratie solide, pérenne et inclusive.

En avril 2011, le ministre des Finances d'alors, Ronald Beaudin, avait annoncé que tous les anciens présidents allaient toucher 120 000 gourdes d'allocation mensuelle, un montant qui avait doublé par rapport à l'ancienne pension établie à 60 000 gourdes. Cette mesure touchait alors Jean-Claude Duvalier († 2014), Henry Namphy, Leslie Manigat († 2014), Prosper Avril, Ertha Pascal Trouillot, Jean-Bertrand Aristide, Joseph Nérette († 2007), René Préval († 2017) et Boniface Alexandre.

Le président Moïse semble oublier que c'est un président provisoire, en l'occurrence Jocelerme Privert, qui a sauvé Haïti du naufrage après que son mentor Martelly ait plongé le pays dans une léthargie politique durant ses cinq années passées au pouvoir. Le vide institutionnel que ce dernier a laissé un matin de 7 février 2016 a en effet failli plomber la jeune et fragile démocratie haïtienne qui en était encore à ses balbutiements.

Assainir l'administration publique haïtienne est méritoire si le président Jovenel Moïse veut bien assouplir la misère du peuple. L'argent dépensé pour offrir une vie d'extravagance aux autorités du pays pourrait bien aider à mettre en place des projets sociaux qui bénéficient plutôt aux citoyens.

Des idées antinomiques

Le président Jovenel Moïse véhicule des idées antinomiques qui créent une certaine confusion entre ce qu'il dit et ce qu'il fait. En juin dernier par exemple, le chef de l'État était à Miami pour prendre part aux activités marquant la première édition de l''Haitian American Business Summit Miami', organisé par la " Haitian American Chamber Of Commerce Of Florida ". Ce fut un voyage privé, précisons-le, car le président haïtien, n'étant pas en visite officielle, avait droit à une 'sécurité de courtoisie' de la part du gouvernement du comté de Miami-Dade.

Mais quand on sait la grosse facture qu'a coutée ce voyage privé du président de la République, accompagné de son épouse et d'une cinquante de membres de son gouvernement, le tout payé par le contribuable haïtien, on se demande si Mr. Jovenel Moïse ne se contredit pas parfois dans ses intentions de bien gérer l'argent du peuple.

Le président Jovenel Moïse doit comprendre qu'à l'exception de l'ex-général Prosper Avril, tous ces anciens présidents provisoires, incluant Namphy (première version) n'avaient pas créé indument le vide constitutionnel qui leur a permis d'accéder au pouvoir. Nous sommes presque sûrs que le président Moïse, qui a passé environ vingt-deux mois à faire campagne, s'il était à la place de Jocelerme Privert, n'aurait pas en pareil cas laissé passer l'occasion de devenir président.

Ce 'Projet d'arrêté octroyant EXCLUSIVEMENT aux Chefs d'État élus au suffrage universel les privilèges et avantages' pourrait faire économiser quelques centaines de millions de gourdes au trésor public annuellement, mais ne pourra en rien, à notre avis, aider à soulager la misère du peuple.

Cette décision, selon toute logique, n'incitera pas plus les gens à aller aux urnes pour accéder à la magistrature suprême de l'État, comme a essayé d'expliquer sans convaincre le porte-parole de la présidence, Lucien Jura.

Avec ce projet, le président Jovenel Moïse montre qu'il est incapable de dégager une vision réelle de sa présidence après près de six mois à la tête du pays, ni de proposer une stratégie politique globale sur le long terme.

DF/Le Floridien, 28 Juillet 2017







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