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10 Questions à Ralph Delly
1er Mars 2017 | 6h20 PM ET



Journaliste multi facettes, Jean-Ralph Delly fait partie de ces rares personnalités qui ont marqué la radiodiffusion haïtienne à Miami par leur professionnalisme. Compositeur et gérant d'artiste à l'échelle internationale, il évoque ses souvenirs sur les ondes et nous livre ses impressions sur le monde culturel haïtien en général. Bonne lecture!

LF : Tu fais partie de ces rares animateurs qui ont marqué la radiodiffusion haïtienne à Miami par leur professionnalisme, quels souvenirs gardes-tu de cette belle période sur les ondes ?
RD : De magnifiques et de mauvais souvenirs qui sont désormais ancrés dans ma mémoire à tout jamais. Magnifiques parce que Radio Carnival était la plus écoutée avec un staff digne de professionalisme. On ne rigolait ni bavardait au micro, je faisais de mon mieux pour présenter "Compas 10-12", et mes deux entrevues avec Roberto Martino et Sweet Micky resteront gravées à jamais dans ma mémoire, car j'ai pu mobiliser toute la communauté pendant deux heures. Le seul mauvais souvenir est sans aucun doute les galères que Ed Lozama a eues avec une jeune dame sur l'estrade de la radio lors d'une retransmission du carnaval à Port-au-Prince et que par la suite le PDG de la station avait demandé à Lozama de prendre congé. D'aucuns disent que quelques-uns des employés étaient derrière tout ça, ce qui a en quelque sorte causé par la suite la fermeture de la station.

LF : Les raisons derrière ta décision de quitter Miami pour retourner vivre à New York ?
RD : Tu le sais aussi bien que moi. En février 2007, j'ai eu une méningite à l'origine d'une infection au genou droit, causé par un liquide qu'un mec avait renversé sur mon pantalon lors d'un bal à Marbou Café (note : un ancien club de propriétaires haïtiens localisé à Pembroke Pines) et qui par la suite a causé une perte de l'ouïe. Ma sœur qui avait fait le déplacement de New York ne pensait pas qu'il était une bonne idée que je reste à Miami, vu que ma famille vive à New York. De plus, je devrais subir une opération à l'oreille. Dois-je t'avouer j'ai encore mes effets dans un espace de rangement (Storage) à West Palm Beach.

LF : Tu bosses depuis plusieurs mois sur une web-radio, c'est quoi cette émission ?
RD : Non, je ne bosse pas dans une web-radio. J'ai une émission (Made in Haiti) que j'anime sur Mizik FM, une station de radio à New York, et qui est en live sur la toile. J'ai dû prendre du recul à cause de mes activités d'agent artistique qui m'empêchent de performer comme avant. En plus, je n'ai plus la même passion pour le Compas car les acteurs de cette industrie sont tous ou presque des amateurs. Ils ne connaissent pas vraiment l'ABC de leur métier.

LF : Me permets-tu, de te demander, si tu n'as jamais connu des regrets d'avoir fait carrière à la radio ?
RD : Non, Jamais. Je détiens aussi un diplôme en Assistance Médicale, J'ai un Bachelor en Psychologie et un DDS en Droit International, mais depuis l'âge de 15 ans j'ai eu la chance d'être un présentateur (en uniforme scolaire) grâce à Lesly Jacques qui était à l'époque mon professeur de sciences sociales et après Master Dji qui avait une confiance énorme en mon talent ; c'est lui mon mentor. À part deux semaines comme stagiaire à Harlem Hospital de New York et plus de deux ans comme conseiller en VIH/SIDA au Center for Haitian Studies (CHS) à Miami, je n'ai fait que de la radio.

LF : Quelle lecture fais-tu du secteur culturel haïtien d'aujourd'hui, l'industrie compas en particulier ?
RD : Si ma mémoire ne vacille pas, je crois que c'est un certain Theodore Adorno qui, en 1947 avait utilisé le terme " Industrie culturelle ou musicale ". Je partage avec toi une anecdote : J'ai contacté un artiste d'un groupe Compas pour un festival en Afrique du Sud, je lui ai demandé à combien est l'effectif du groupe et le cachet ; il m'a dit treize (13) musiciens et $10,000 pour la prestation. Je lui ai dit lors d'une autre conversation qu'il sera très difficile pour un organisateur d'un festival en Afrique du Sud de programmer son groupe (qui n'a aucune reconnaissance internationale) qui compte 13 musiciens plus le manager, car le coût total des billets d'avion serait trop élevé. Je lui ai demandé est-ce que le groupe sera disponible à la date du festival, le gars m'a répondu qu'il ne va plus me parler jusqu'à ce que je lui envoie le contrat et qu'il a une famille à nourrir. Tu t'imagines qu'après lui avoir envoyé le dit contrat avec le dépôt de (50%) soit $5,000, que le groupe était déjà en placement ailleurs pour la même date du festival? Je serais dans mes p'tits souliers. Cela fait plus de deux mois depuis que j'attends le dossier de presse du groupe.
Un autre artiste pour qui j'ai contacté un festival au Cap-Vert, non seulement que c'est la première fois qu'il entend ce nom, mais quand je lui ai dit que c'est un petit pays en Afrique de l'ouest, il m'a répondu sur un ton acerbe : "oh jus la menm…ah monche sam pwal fe nan on peyi konsa". Voici un musicien qui veut faire fortune dans la musique et qui refuse de voyager. Je peux dire que Alan Cavé, Jean Caze, Ensemble-Afrovibes sont les plus flexibles - ils ne jouent pas du Compas - . De plus, nos musiciens sont peut-être des professionnels quand il s'agit de jouer un instrument, mais ils ignorent pour la plupart les bases de cette industrie qui compte plus d'un million de festivals à travers le monde. La plupart des musiciens et groupes qui jouent le Compas n'ont pas un dossier de presse, ils n'ont pas un compte professionnel Facebook, Tweeter, youtube, soundcloud ou un site internet, ils ne savent absolument rien du marché musical, car le dit marché ne fonctionne pas seulement avec un contrat.
Imaginer un groupe qui doit jouer sur une scène internationale et que le temps qui lui est réparti est de 30 minutes et que le chanteur décide de prier pendant cinq minutes et quand on lui fait signe de terminer sa prestation après 25 minutes, il se fâche. C'est pas sur la scène qu'un groupe doit faire sa prière, mais bien en coulisse, car l'organisateur de l'événement peut être un athée et certaines gens de l'assistance peuvent ne pas être de la même religion que vous. Savoir comment faire des affaires dans cette industrie demande un travail constant, non pas du manager de l'artiste ou du groupe, mais celui d'un agent ou d'une compagnie de représentation artistique. À dire vrai, j'ai été impressionné de voir le dossier de Born2Serve, de l'Ensemble-Afrovibes, celui de Princess Eud, et de Original H, le site web de Jean Caze et de Strings.
Aussi (je m'en fous de la réaction de certains musiciens conservateurs), la musique Compas doit être modernisée à fond, trop sophistiquée, car elle est toujours méconnue ailleurs, sauf dans quelques prestations internationales d'une poignée de groupes. Nos musiciens doivent cesser de blâmer Wyclef Jean qui ne leur a pas tendu la main, car lui, il sait ce que cela veut dire d'être "PROFESSIONNEL". En conclusion, l'industrie musicale haïtienne est toujours au stade primaire, nos musiciens ne sont pas prêts pour le marché international….et c'est frustrant, voire révoltant.

LF : Selon toi, après six décennies d'existence, qu'est-ce qui fait obstacle à l'internationalisation du compas direct ?
RD : Premièrement, le Compas Direct est trop sophistiqué, cette musique nécessite une refonte. De plus, chaque groupe qui joue le Compas le fait à sa façon, il n'y a plus un modèle à suivre. Le gouvernement haïtien doit aussi faire partie de la solution en imposant un quota de diffusion de cette musique à l'antenne. Aussi les musiciens doivent être rééduqués, faire des recherches, inviter des artistes étrangers déjà connus sur le marché international à participer à la réalisation de leurs albums. Ceux qui jouent le Compas doivent cesser d'être avares et égoïstes, car chacun a ses dés sur l'échiquier. Ils doivent parfois se résigner à jouer sur une scène internationale pour une pitance voire gratuitement, car dans chaque festival il y a souvent des organisateurs d'un autre festival ou tourneurs qui sont à la recherche de nouveautés. Lorsqu'ils participent à un festival international, ils peuvent demander au producteur ou au directeur artistique de l'événement comment a été leur prestation. Si la réponse est positive, qu'ils demandent à cette personne si elle peut leur référer à d'autres festivals, car, croyez-le ou pas ils se connaissent presque tous (it's a small world). Le plus important, que nos musiciens aient un dossier de presse bien présenté.

LF : Tu avais contribué aux succès des premières années du 'Haitian Compas Festival', 19 ans après, penses-tu que cet événement a grandi ?
RD : Oui et non. Survivre 19 ans dans ce milieu est un exploit. Je profite de cet entretien pour féliciter l'équipe organisatrice Noel & Cecibon pour leur courage et leur détermination. L'événement a certainement grandi puisque qu'après 19 ans toute la foucade de musiciens haïtiens est au courant de ce festival qui est depuis belles lurettes un rendez-vous obligé pour plusieurs milliers de gens. Mais Noel & Cecibon aurait pu avoir des artistes étrangers, soient africains ou Caribbéens voire américains, ainsi Compas festival attirerait une plus large audience et je jure qu'à ce moment des producteurs, des tourneurs, des représentants de labels étrangers seraient présents et qui sait ? découvriraient nos artistes. J'ai vu des artistes qui jouent du soukous à des festivals de Jazz, des artistes zouk, reggae aux festivals internationaux de musique du monde. Pourquoi se limiter au Compas ? Il faudrait aussi que les dirigeants de Noel & Cecibon Production diversifient davantage leur line-up pour que le festival ne devienne pas redondant. Ils doivent " obligatoirement " aller ailleurs pour assister à d'autres festivals soit à travers les États Unis, l'Europe, l'Afrique ou autres.

LF : Qu'as-tu à reprocher aux animateurs, musiciens et promoteurs d'aujourd'hui ?
RD : Ils sont pour la plupart des mercenaires, des marie-couche-toi-là des ondes, des 'terroristes' (si le mot n'est pas trop fort) des ondes, des lèche-bottes et lèche-culs, voire des nuls qui constituent un clan mafieux qui rabaissent la valeur du paysage musical haïtien. En Haïti ils sont comme une armée de voyous qui utilisent un faux langage pour soit détruire, soit promotionner le groupe de leur " ti zanmi ". Dans toute règle il y a exception. En dépit de leur amateurisme, il existe toutefois quelques bons animateurs, professionnels qui respectent la déontologie de ce bel art. Aussi quelques rares promoteurs qui font leur boulot sans bavures. Quant aux musiciens, qu'ils sachent que la musique peut envoyer au marché et qu'ils peuvent vivre avec elle pour le reste de leur vie pourvu qu'ils fassent de la bonne musique, qu'ils enregistrent leurs œuvres dans un organisme de protection des droits d'auteurs, et qu'ils soient prêts pour le monde d'à côté.

LF : S'il t'était permis de citer 3 groupes ou artistes que tu aimes le plus ?
RD : Wow ! c'est vraiment difficile de répondre à cette question, car je suis un aficionado de toute sorte de musique (sans la merde ou la charogne dans les lyrics). Côté strictement haïtien, je peux dire qu'il y a plus que trois ; j'aime bien Belo, Steeve Khé, Weslie, Alan Cave, Peincess Eud, BC, Nickenson Prudhomme, Kenny Desmangles qui est un des rares artistes d'un talent pluriel, mais jusqu'à présent mal aimé de certains " promoteurs ", Pouchon Duverger, Shabba ( qui a défié tout le système Compas. J'aime sa fougue et son audace), Beethova Obas….pour ne citer que ceux-là.

Propos recueillis par Dessalines Ferdinand
ferdinand@lefloridien.com




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