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Martelly salue la décision des prétendus anciens militaires qui décident de mettre fin à leur mouvement |||| Laurent Lamothe se présente comme l'homme de la situation et salue les sénateurs qui ont voté en faveur de son énoncé de politique générale.

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Directeur de Publication - Publisher: Dessalines Ferdinand
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Qu'est-ce qui pousse les cadres de la fonction publique
à piller les caisses de l'état ?

MIRAMAR -- Haïti est l'un des pays les plus corrompus de la planète. Depuis des décennies, il se trouve "très mal rangé" au plus bas de l'échelle dans la catégorie des 10 pays champions de la corruption. Selon le dernier rapport en date de Transparency International (TI), paru en décembre 2011, Haïti se retrouve en 176e position sur un total de 180 pays.

Il existe de multiples définitions de la corruption mais, expliquée très simplement, la notion se réfère à l'obtention de services indus par le biais d'un abus de pouvoir ou par le versement de pots-de-vin.

En Haïti, elle existe depuis la nuit des temps, sous ces deux formes ci-dessus mentionnées, touche de nombreux domaines et compte de nombreux degrés d'intervention. Le secteur le plus touché demeure celui de l'Administration publique où elle s'exerce à tous les échelons.

Voler l'Etat, ce n'est pas grave ! Et qui ne vole pas en Haïti ? Les dirigeants haïtiens (Présidents, Premier mi-nistres, ministres, secrétaires d'état, parlementaires, directeurs généraux, et cadres administratifs ) pillent tous les caisses de l'Etat au détriment de la masse défavorisée.

Si au départ, la corruption avait simplement revêtu la forme de troc, un service rendu contre un bien matériel ou une somme d'argent, elle se présente aujourd'hui sous diverses formes parfois difficiles à détecter. Cette situation rend la bataille menée contre elle par l'Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC), entité étatique créée en 1995, très difficile.

Généralement les dénonciations et les accusations d'acte de corruption ne sont jamais objet d'enquêtes sérieuses. Les investigations débutées par des déclarations médiatiques sont souvent noyées par d'autres scandales encore plus résonnants. Cela dit, il n'y a aucune suite judiciaire dans les dossiers de corruption. Les corrupteurs le savent bien, voilà pourquoi ils n'hésitent pas de dilapider les fonds publics. Car après tout, ils vont circuler librement dans le pays sans être inquiétés.

Mais qu'est-ce qui pousse les cadres de la fonction publique à piller les caisses de la population? Il convient de souligner l'existence d'une quelconque liaison entre la pauvreté et la culture, ou encore entre " mentalité et pauvreté " en Haïti. Il est aussi bon de préciser qu'il existe un lien étroit entre corruption et pauvreté.

Le secteur économique privé haïtien n'est pas trop fort pour garantir une belle et longue carrière à un jeune diplômé. Ainsi, tout un chacun rêve d'un portefeuille gouvernemental pour s'enrichir très vite. Et quand une personne accède à un poste de direction quelconque dans le gouvernement, ce sont presque tous les membres de sa famille, anciens camarades de classe, et ses nombreux amis qui espèrent voir leur situation économique changer, soit en bénéficiant de ses faveurs ou encore recevant des "chèques zombi". Toutes sortes de magouilles sont alors possibles, malgré peut-être sa "bonne foi" d'honnête homme/femme, juste pour profiter de ses jours à la tête de l'administration publique et accumuler sa petite fortune comme les autres d'ailleurs. Faut-il aussi souligner que traditionnellement en Haïti, les fonctionnaires de l'état ne s'intéressent pas trop à leur salaire, mais plutôt aux différents tuyaux de corruption qui existent dans l'aministration où ils/elles travaillent pour "faire leur beurre".

Une autre raison bien particulière qui engendre ce haut degré de corruption au niveau gouvernemental, c'est l'instabilité des équipes qui se succèdent au pouvoir. En Haïti tout est politque! Ce ne sont pas malheureusement les compétences de l'individu qui priment, encore moins ses capacités à donner de bons résultats à la tête de l'administration publique qu'il/elle dirige, c'est plutôt les centres d'influence du pouvoir, ses relations avec les hommes forts du chef de l'Etat, ou encore l''ami d'un ami qui fréquente le palais national à longueur de journée comme bon lui semble, quelqu'un qui a les oreilles du président ou de la Première dame.

Fort souvent le Président de la République ou encore le Chef du gouvernement s'en foutent pas mal des compétences. Pourvu que vous soyez étranger au cercle présidentiel, vous n'avez pas votre place dans le gouvernement. Et si le portefeuille que vous occupez est miraculeusement le fruit d'un " deal politique ", il faut s'attendre à le perdre d'un moment à l'autre. La durée de votre mandat à ce poste de haute responsabilité est inconnue. Comme dit cet ancien ministre : " on n'a parfois qu'une chance dans la vie pour occuper une fonction gouvernementale (synonyme de fortune rapide), et quand cette opportunité tant attendue se présente, il faut en profiter.

Faut-il dire tant que les fonctionnaires de l'administration publique ne se sentiront pas en confiance pour occuper un poste sur la base de leurs compétences, et qu'on ne pourra pas leur éjecter à n'importe quel moment, et sans aucune raison valable, au profit des proches du cercle présidentiel ou du Premier ministre, ils continueront à piller les caisses publiques.

L'ancien Premier ministre Dr. Garry Conille avait remis le tablier de la primature au président Martelly, fin février dernier. Il est remplacé environ quatre mois après par l'ami proche de M. Martelly, Laurent Lamothe, pour monter une nouvelle équipe gouvernementale.

Au ministère des Affaires Sociales et du Travail, François Richel Lafaille (choix du G16) est remplacé par un proche de Martelly, Ronsard St-Cyr (qui occupait avant le poste de directeur général du même ministère) ; au Ministère de la jeunesse, des sports et de l'action civique, René Jean Roosevelt (Choix de AAA) est remplacé par Pierre Poitevien ; et le plus surprenant au ministère de l'économie et des finances, Marie-Carmelle Jean Marie remplace André Lemercier Georges. Il y a lieu de douter que les nouveaux titulaires qui remplacement ces membres de l'ancienne équipe gouvernementale dirigée par Dr. Conille sont plus qualifiés pour faire le boulot, compte tenu de ce système de fonctionnement très courant en Haïti depuis des lustres qui privilégie le crédo populaire: " Se kolon'n ki konte… ".

Triste est de constater que presque tous les anciens membres sortis en dehors du petit cercle de la présidence ont fait les frais du rémue-ménage effectué par le nouveau chef du gouvernment. De nouvelles personnalités réputées proches du président de la république sont ainsi entrées en fonction, et la majorité des ministres et secrétaires d'état de l'ancien gouvernement du Dr. Conille qui n'ont pas d'affiliation avec le président Martelly, sont remis à leurs parents. Mais sur quelle base ces changements ont-ils été opérés ?

Si à la vérité, la présence de la force onusienne ( MINUSTAH ) garantie une apparente stabilité politique en Haïti ces dernières années, toutefois les bouleversements politiques, résultats d'une lutte permanente entre la présidence et le parlement haïtien, ne garantie en aucun cas la stabilité d'un gouvernement. Les changements des membres de l'équipe gouvernementale sont devenus très fréquents.

Les membres des élites dirigeantes sans scrupules disent : " voler l'Etat n'est pas voler ", ceux de la masse défavorisée rétorquent : " Degaje pa peche ". Comme écrivit Kautilya, Stratège indien de l'ancien temps (350-283 av. JC), ministre et conseiller du roi : " il est impossible à quiconque gérant les fonds publics de ne pas goûter à la richesse du Roi ". Si les présidents et les Premiers ministres volent en toute impunité, comment espérer voir les cadres de l'administration publique fonctionner autrement (en toute honnêteté ).

Vous avez certainement déjà entendu raconter l'histoire de ce président haïtien qui visitait la résidence d'un des mi-nistres de son gouvernement, émerveillé devant la splendeur du bâtiment, lui fit comprendre paradoxalement que si c'était dans un pays sérieux, on l'aurait arrêté pour justifier la provenance des fonds ayant permis la construction d'une telle villa dans ce pays de misère.

Si l'actuel gouvernement veut lutter contre la pauvreté, il doit s'efforcer de mener une lutte effective et soutenue contre la corruption. Bon nombre de fonctionnaires de l'état ont pillé les caisses publiques dans le passé pour aller vivre ensuite à l'étranger. Certains d'entre eux sont retournés par la suite au pays sans être inquiétés par la justice (comme si de rien n'était). Nous restons convaincus que les fonds dilapidés par les officiels des gouvernements qui se sont succédés au pouvoir, particulièrement durant les 60 dernières années, permettraient de réaliser de grands travaux au profit des masses défavorisées.

Sans mettre sous les verrous tous les anciens et actuels dirigeants qui ont volé des millions dans les caisses publiques, on ne prendra jamais au sérieux le travail de cette entité gouvernementale dénommée "Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) ". Et, après 2015, on se rendra compte que les démarches du président de la république Michel Joseph Martelly de faire obligation aux membres de son gouvernement à faire le dépôt de l'inventaire notarié de tous leurs biens meubles et immeubles, aussi bien que les projections et les promesses faites par son nouveau Premier ministre Laurent Lamothe pour enrayer l'expansion explosive de la corruption dans les administrations publiques, n'ont été que de belles paroles pour se soulager la conscience et bien faire dodo les plus naïfs.

Dessalines Ferdinand - Le Floridien,

13 juin 2012

Mis à jour le 16 juin 2012



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