(Le Floridien) — L’ancien maire haïtien de la commune de Les Irois, Jean Morose Viliena, a été condamné à neuf ans de prison par un tribunal fédéral du Massachusetts, aux États-Unis. Le jugement a été rendu public dans un communiqué du département de la Justice américaine daté du 20 juin 2025. Selon les autorités fédérales, Viliena a obtenu frauduleusement un visa américain en 2008, puis une carte de résident permanent, en dissimulant son passé de violations graves des droits humains commises lorsqu’il était en fonction en Haïti.
Les faits qui lui sont reprochés remontent aux années 2007 et 2008, alors qu’il était maire de Les Irois, une commune située dans le département de la Grand’Anse. En juillet 2007, il aurait dirigé une attaque armée contre la maison d’un opposant politique. L’assaut aurait causé la mort du frère cadet de l’opposant, tué d’une balle dans la tête, puis frappé avec une pierre. En avril 2008, Viliena aurait de nouveau mené une opération violente, cette fois contre une station de radio communautaire qui critiquait son administration. Des hommes armés, agissant sous ses ordres, ont agressé physiquement les animateurs et collaborateurs. L’un d’eux a perdu une jambe après avoir été battu à coups de crosse, tandis qu’un autre a partiellement perdu la vue.
Lors de sa demande de visa en juin 2008, puis lors de l’obtention de sa résidence permanente, Jean Morose Viliena avait déclaré n’avoir jamais été impliqué dans des persécutions ou des exécutions extrajudiciaires. Ces fausses déclarations constituent la base juridique de sa condamnation actuelle. Il a été reconnu coupable de fraude aux services d’immigration et de fausses déclarations matérielles, des crimes fédéraux graves aux États-Unis.
En mars 2023, un jury fédéral l’avait déjà jugé responsable au civil des actes de violences perpétrés à Les Irois. Il avait été condamné à verser 15,5 millions de dollars de dommages et intérêts à ses victimes. Cette décision civile a été rendue possible grâce à la loi américaine sur la protection des victimes de la torture (TVPA – Torture Victim Protection Act), qui permet aux survivants de poursuivre leurs bourreaux en justice lorsqu’ils se trouvent sur le territoire américain.
Le département de la Justice a souligné que cette affaire illustre sa détermination à refuser que les États-Unis deviennent un refuge pour les auteurs de crimes contre l’humanité. « Pendant plus d’une décennie, Viliena a vécu librement aux États-Unis, tandis que ses victimes vivaient dans la peur, l’exil et la souffrance. Cette peine de prison envoie un message clair : nous ne serons pas un sanctuaire pour ceux qui bafouent les droits fondamentaux », a déclaré l’avocate américaine Leah B. Foley. De son côté, Matthew R. Galeotti, procureur de la division criminelle, a affirmé que les responsables de violations graves des droits humains seront retrouvés, poursuivis, et punis, même des années plus tard et en dehors de leur pays d’origine.
L’enquête ayant mené à l’arrestation et à la condamnation de Jean Morose Viliena a été le fruit d’un travail coordonné entre plusieurs agences américaines, dont le Département de la sécurité intérieure (HSI), la division des droits de l’homme et des crimes de guerre du FBI (HRVWCC), et les services de l’immigration et des douanes. À l’issue de sa peine de neuf ans, Viliena fera l’objet d’une procédure de déportation.
Ce verdict marque un tournant symbolique et juridique pour les victimes haïtiennes de violences politiques, qui, pendant longtemps, ont vu leurs bourreaux agir dans l’impunité. Le cas de Jean Morose Viliena rappelle que, même en exil, la justice peut rattraper ceux qui ont abusé du pouvoir au détriment de la vie et des droits fondamentaux d’autrui.






