Haïti : l’ONU approuve une force de 5 500 pour lutter contre les gangs — quel espoir ?

Jimmy Chérizier, alias “Barbecue,” head of the gangs coalition in Haiti, exhibits his armed power during a street patrol in Port-au-Prince — a stark symbol of the violence suffocating the nation.

Par Le Floridien ____________________

La résolution adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le mardi 30 septembre 2025, marque une étape décisive dans la lutte contre la criminalité qui ravage Haïti. En élargissant l’actuelle mission multinationale de sécurité dirigée par le Kenya — jusque-là limitée à environ 1 000 policiers — à une force pouvant mobiliser jusqu’à 5 500 soldats et agents de police, la communauté internationale affiche sa volonté d’agir avec davantage de fermeté. Le signal est clair : il ne s’agit plus seulement d’appuyer la Police nationale haïtienne, mais de déployer une force robuste, dotée d’un mandat militaire explicite, capable d’affronter directement les gangs qui étouffent le pays. Fait notable, cette mission opérera de manière autonome, sans devoir intégrer dans ses rangs des policiers locaux, souvent soupçonnés de connivence avec les groupes armés.

Pour certains observateurs, cette montée en puissance constitue une lueur d’espoir. S’exprimant à la tribune de la 80e Assemblée générale de l’ONU, Laurent Saint-Cyr, président du Conseil présidentiel de transition, a décrit une Haïti « en guerre », un « Guernica contemporain », où plus d’un million de personnes déplacées survivent dans la peur et la misère. Le projet, soutenu par les États-Unis et le Panama, se veut une réponse à cette urgence. William Ruto, président du Kenya et chef du principal pays contributeur, a rappelé que, dotée des ressources, des équipements et de la logistique nécessaires, Haïti pourrait retrouver une sécurité aujourd’hui inexistante.

Pour autant, la prudence reste de mise. La résolution a recueilli douze voix favorables, mais la Chine et la Russie se sont abstenues, exprimant des réserves majeures. Moscou a dénoncé l’échec du financement promis pour la mission initiale et souligné l’ambiguïté persistante des règles d’engagement. Pékin et Moscou reprochent en outre à Washington de n’avoir pas stoppé l’afflux massif d’armes en provenance des États-Unis, qui continue d’alimenter les gangs. À cela s’ajoute le souvenir des missions internationales passées, souvent entachées par des abus ou incapables d’instaurer durablement la stabilité.

Ce vote appelle donc une double lecture. D’un côté, le renforcement à 5 500 uniformes, adossé à un bureau de soutien logistique de l’ONU, peut représenter un changement décisif sur le terrain, notamment si cette force parvient à neutraliser les bastions armés qui paralysent Port-au-Prince et plusieurs régions stratégiques du pays. D’un autre côté, l’expérience montre que la réussite d’une mission internationale en Haïti ne dépend pas seulement de la puissance militaire déployée, mais de son articulation avec un projet politique crédible. Sans un processus électoral solide, sans un leadership haïtien légitime et engagé, cette force risque de n’être qu’un palliatif temporaire, incapable de produire un impact durable.

La question demeure donc entière : cette mission de 5 500 hommes marquera-t-elle enfin le tournant attendu par le peuple haïtien, ou ne sera-t-elle qu’une nouvelle parenthèse, riche en promesses mais pauvre en résultats ? L’espoir existe, certes, mais il demeure fragile. Sa concrétisation dépendra de la volonté politique des autorités haïtiennes, de la cohérence des partenaires internationaux et de la transparence du mandat militaire. Faute de ces garanties, le danger est grand de voir l’histoire se répéter et le peuple haïtien s’enfoncer à nouveau dans le cycle infernal de la dépendance et de la violence.

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