
Rien ne prédestinait ce jeune homme, autrefois exclu de son lycée, à diriger aujourd’hui la santé publique de New York. Et pourtant, porté par une mère haïtienne et un parcours académique exceptionnel, le Dr Alister Martin écrit une page inspirante de l’histoire de la diaspora.
Alors qu’en Haïti, la classe politique traditionnelle continue trop souvent de faire preuve d’incompétence, d’exclusion et d’un mépris systématique envers les compétences de la diaspora, à l’étranger, des fils et filles aux racines haïtiennes ne cessent de briller et de s’imposer par leur talent, leur rigueur et leur engagement.
La récente nomination du Dr Alister Martin, médecin d’origine haïtienne, à la tête du Département de la santé publique de la ville de New York, en est une illustration éclatante.
Nommé par le maire Zohran Mamdani, le Dr Martin prend les rênes du New York City Department of Health and Mental Hygiene, l’une des plus grandes institutions de santé publique au monde. Il dirigera une agence forte de plus de 7 000 employés et responsable de la gestion d’un budget annuel de 1,6 milliard de dollars, avec pour mission de protéger la santé de plus de huit millions de New-Yorkais.

Un parcours semé d’embûches, forgé par la résilience
L’histoire du Dr Alister Martin n’est pas celle d’un parcours linéaire ni privilégié. Élevé par une mère haïtienne au caractère combatif, il a très tôt compris que la vie n’était pas toujours juste. Adolescent dans le New Jersey, un incident survenu lors d’une altercation en dehors de l’école a bouleversé son avenir immédiat : il est expulsé de son lycée, à tort associé à une activité de gang.
Pour beaucoup, une telle exclusion aurait marqué la fin des ambitions. Pour lui, ce fut un point de bascule. Soutenu fermement par sa mère — une ancienne consultante des Nations unies en droits humains qui a sacrifié sa propre carrière pour l’avenir de son fils — Alister Martin refuse de se laisser définir par cet épisode. Munis d’un GED, mère et fils se battent pour lui ouvrir de nouvelles portes.
L’excellence académique comme réponse à l’adversité
De Rutgers University, où il joue au tennis universitaire, à Harvard Medical School, en passant par la Harvard Kennedy School of Government et une résidence en médecine d’urgence affiliée à Harvard, le Dr Martin enchaîne les réussites académiques. Il devient médecin urgentiste, professeur assistant à Harvard, fonde des organisations à but non lucratif axées sur le traitement de la dépendance aux opioïdes et l’inscription civique des patients, et sert même comme White House Fellow au plus haut niveau de l’administration américaine.
Mais au-delà des diplômes prestigieux et des fonctions enviées, Alister Martin revendique une ambition plus profonde : celle de corriger les injustices structurelles et de rapprocher la santé publique des réalités sociales.
À la tête de la santé publique de New York
Dans ses premières déclarations, le nouveau commissaire a clairement affiché sa vision : rendre les soins plus accessibles et financièrement supportables, notamment pour les communautés les plus vulnérables — majoritairement noires et latino-américaines — qui continuent de subir des taux disproportionnés de maladies chroniques et évitables.
Face aux menaces de coupes dans Medicaid et à la hausse potentielle des assurances santé, il promet de se battre pour maintenir les New-Yorkais assurés, logés et protégés. Une approche humaine, ancrée dans l’expérience du terrain, qui lui vaut déjà le respect de nombreux acteurs de la santé publique.
Fier de ses racines haïtiennes
Moment hautement symbolique : lors de sa prise de fonction officielle, le Dr Martin a tenu à présenter publiquement sa mère haïtienne, à ses côtés et aux côtés du maire de New York. Un geste fort, chargé de sens, qui témoigne de son attachement indéfectible à ses racines et de la reconnaissance envers celle qui a façonné son parcours.
« Ma mère, immigrante haïtienne, m’a élevé seule à Jackson Heights et a toujours donné le meilleur d’elle-même »,a indiqué Martin. « Elle a construit son parcours professionnel, de cuisinière chez McDonald’s à consultante auprès des Nations unies. »
Une leçon pour Haïti
Pendant qu’en Haïti, des politiciens continuent d’écarter la diaspora des affaires nationales, de New York à Washington, de Boston à Miami, les compétences haïtiennes s’illustrent et participent à la gestion des plus grandes institutions du monde.
L’ascension du Dr Alister Martin n’est pas seulement une réussite individuelle : elle est un hommage à la diaspora haïtienne des États-Unis, particulièrement celle de New York, et une preuve irréfutable que lorsque le talent rencontre l’opportunité, les origines deviennent une force, jamais un obstacle.
Un modèle inspirant. Une fierté collective. Et un rappel puissant de ce que la diaspora haïtienne apporte — et pourrait encore apporter — au monde… et à Haïti, si on lui en donnait enfin la place.

