Dajabón, DRD (Le Floridien) — Ce qui devait être un simple passage frontalier a failli virer au drame. L’avocat et homme politique haïtien André Michel, figure controversée de la scène politique nationale, a été violemment pris à partie ce jeudi par un groupe de manifestants haïtiens en colère alors qu’il tentait de franchir la frontière haïtiano-dominicaine au niveau du pont de Dajabón.
Les protestataires, visiblement très hostiles, l’ont accusé d’être impliqué dans l’assassinat de l’ex-président Jovenel Moïse en 2021. Certains ont même tenté de le prendre à partie physiquement avant que des agents du Corps spécialisé de sécurité frontalière terrestre (CESFRONT), côté dominicain, n’interviennent pour disperser la foule et sécuriser le périmètre. Grâce à leur intervention rapide, André Michel a pu échapper à une attaque violente, évitant ainsi un possible lynchage.
Une figure au cœur de la controverse et des soupçons
Avocat de formation, André Michel traîne depuis plusieurs années une réputation sulfureuse, régulièrement accusé de jouer un rôle ambigu dans l’effondrement politique et sécuritaire d’Haïti. Plusieurs manifestants présents sur les lieux l’ont accusé de proximité avec des chefs de gangs, dont Vitel’Homme Innocent, tristement célèbre pour son implication dans le trafic d’armes et la déstabilisation du pays.
« Il a soutenu les gangs et incité à la violence contre Jovenel Moïse », criaient certains manifestants, visiblement déterminés à empêcher son entrée sur le territoire dominicain.
Ce n’est pas la première fois qu’André Michel se retrouve confronté à la colère populaire. Après l’assassinat du président Jovenel Moïse, il s’est affiché aux côtés du Premier ministre Ariel Henry, tirant profit de sa proximité avec le pouvoir pour consolider son influence au sein du gouvernement. Jadis perçu comme “l’avocat du peuple” sous Michel Martelly, il est aujourd’hui considéré par beaucoup comme l’un des visages d’une élite politique déconnectée et opportuniste.
Il a déjà été violemment agressé lors d’une soirée à Pétion-Ville, et a failli se faire lyncher aux funérailles de la journaliste Liliane Pierre-Paul, où un groupe en colère l’a publiquement dénoncé pour son comportement jugé mercantile et ses connivences présumées avec les gangs armés. Ce glissement de l’image publique d’André Michel — de défenseur de la justice à symbole de trahison — illustre la profondeur de la fracture entre les citoyens et la classe politique traditionnelle.
Si le CESFRONT a rapidement renforcé les mesures de sécurité autour de la zone de Dajabón, aucune déclaration officielle n’a été émise par les autorités dominicaines sur la tentative d’entrée d’André Michel ou d’éventuelles mesures diplomatiques liées à cet incident.
Cet épisode met une fois de plus en lumière les tensions explosives qui règnent à la frontière, reflet direct du chaos politique et sécuritaire que traverse Haïti. Alors que l’État haïtien peine à rétablir l’ordre, la population, elle, semble de plus en plus décidée à faire justice elle-même.