
MIAMI (Le Floridien) — Alors que le bruit courait depuis mercredi dans la communauté haïtienne du sud de la Floride que l’ex-première dame de la ville de North Miami, Sarahjane Ternier, compagne et mère des trois enfants de l’ancien maire Philippe Bien-Aimé, avait été arrêtée par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) sur son lieu de travail à Miami Shores tôt le mercredi 11 mars, la nouvelle a finalement été confirmée par le Miami Herald.
Selon un porte-parole d’ICE cité par le quotidien, Sarahjane Ternier a été interpellée mercredi par les autorités fédérales en lien avec un ordre final de déportation émis le 31 juillet 2000. Les archives de l’agence indiquent qu’elle est entrée aux États-Unis le 12 juin 1994, et que son appel de l’ordre de déportation a été rejeté le 23 octobre 2002 par le Board of Immigration Appeals.
Depuis son arrestation, Ternier est détenue au Broward Transitional Center, dans l’attente de son expulsion des États-Unis.

Mais derrière cette arrestation se profile une question plus lourde encore : le sort politique et judiciaire de l’ancien maire Philippe Bien-Aimé lui-même.
Car l’interpellation de la mère de ses enfants intervient alors que l’ancien édile de North Miami est déjà dans le viseur du gouvernement fédéral, qui tente actuellement de lui retirer sa citoyenneté américaine, qu’il aurait obtenue frauduleusement.
Dans une plainte civile de 13 pages déposée par le Département de la Justice des États-Unis, les procureurs accusent Bien-Aimé d’avoir volontairement menti sur son identité et son historique migratoire lors de son processus de naturalisation.
Selon les documents judiciaires, les archives du Département de la Sécurité intérieure — notamment la comparaison d’empreintes digitales — indiqueraient que la personne naturalisée sous le nom de Philippe Bien-Aimé serait la même qui avait déjà fait l’objet d’un ordre d’expulsion des États-Unis sous l’identité de Philippe Janvier.
Les autorités fédérales affirment qu’en juillet 2000, un juge de l’immigration avait conclu que Janvier était entré aux États-Unis par fraude, en utilisant un passeport dont la photo avait été modifiée, et avait ordonné son renvoi vers Haïti. Toutefois, selon la plainte, aucune preuve n’indique qu’il ait quitté le territoire américain comme l’exigeait cette décision judiciaire.
Les procureurs accusent également l’ancien maire de fraude matrimoniale et de bigamie, affirmant que son certificat de divorce haïtien aurait été falsifié, ce qui aurait rendu invalide son mariage avec une citoyenne américaine — un élément qui aurait joué un rôle clé dans son processus d’immigration.
Dans ce contexte, l’arrestation de Sarahjane Ternier jette une lumière encore plus crue sur la situation judiciaire de l’ancien premier couple de North Miami, désormais plongé dans une affaire migratoire aux conséquences potentiellement explosives.
Pour l’instant, Philippe Bien-Aimé est toujours en circulation, même si certaines rumeurs au sein de la communauté laissent entendre qu’il se serait lui aussi mis à couvert depuis l’arrestation de sa compagne. En réalité, s’il n’a pas encore été inquiété par les autorités, c’est sans doute parce que le gouvernement américain doit d’abord convaincre la justice de lui retirer sa citoyenneté américaine, que les procureurs affirment avoir été obtenue frauduleusement, avant de pouvoir engager d’autres procédures contre lui.
La situation est en revanche beaucoup plus immédiate pour Sarahjane Ternier, déjà visée par un ordre final de déportation remontant à plus de deux décennies. La mère des trois enfants de l’ancien maire pourrait être prochainement expulsée vers son pays d’origine, Haïti.
Dans la communauté haïtienne du sud de la Floride, certains rappellent également que Philippe Bien-Aimé aurait bâti au fil des années une solide fortune, grâce à plusieurs entreprises et investissements dans la région. Cette réputation d’homme financièrement très à l’aise alimente aujourd’hui de nombreuses conversations. Comment un élu aujourd’hui au cœur d’une telle tempête judiciaire aurait-il pu accumuler autant d’affaires et d’influence au fil des ans ? Certains se demandent également si les développements actuels pourraient éventuellement lever le voile sur des aspects encore peu connus de son parcours financier ou de ses activités. Dans ces discussions, une question plus large commence aussi à émerger dans certains cercles de la communauté : cette affaire pourrait-elle relancer les interrogations sur l’existence possible d’une culture de corruption au sein du gouvernement municipal de North Miami ?
Élu maire de North Miami en 2019, Philippe Bien-Aimé est une figure politique bien connue dans la communauté haïtienne du sud de la Floride. Plus récemment, il avait tenté sans succès de se faire élire à la Commission du comté de Miami-Dade.
Mais à la lumière des accusations fédérales et de l’arrestation de sa compagne, une question commence désormais à circuler dans les milieux politiques et dans la diaspora haïtienne : les jours politiques — et peut-être juridiques — de Philippe Bien-Aimé sont-ils désormais comptés ?





