
Comme Le Floridien l’avait annoncé dans l’une de ses précédentes livraisons, les chances de libération du journaliste culturel haïtien Carel Pedre semblaient d’emblée très limitées. Les derniers développements viennent aujourd’hui confirmer cette analyse.
Nous avons en effet appris, ce mardi 23 décembre, que Carel Pedre n’est plus détenu à la prison du comté de Broward. Selon des informations obtenues auprès de sources jugées fiables, il a été transféré peu avant 17 heures vers le Centre de détention “Florida Soft Side South”, communément appelé “Alcatraz des alligators” dans le sud de la Floride, une installation fédérale placée sous la responsabilité d’Immigration and Customs Enforcement (ICE).
Des sources proches du dossier indiquent que son moral serait très affecté, dans un contexte juridique et migratoire marqué par une grande incertitude quant à son avenir aux États-Unis.
Le mécanisme de la « retenue de l’immigration »
Selon les règles en vigueur en matière d’immigration américaine, lorsqu’ICE émet une retenue de l’immigration (immigration hold), l’agence dispose généralement d’un délai d’environ 48 heures pour prendre en charge la personne concernée après sa détention par les autorités locales. C’est précisément dans ce cadre procédural que le transfert de Carel Pedre vers un centre fédéral aurait été effectué.
Une tentative juridique restée sans effet
Selon des informations rapportées par The Haitian Times, l’avocat de Carel Pedre avait pourtant déposé, mardi, une requête demandant la révocation de la caution en espèces de 1 000 dollars accordée dans son dossier pénal pour violence domestique présumée.
L’objectif de cette démarche était clair : maintenir Pedre en détention locale pendant le traitement de l’affaire pénale afin d’éviter un transfert immédiat vers la détention fédérale de l’immigration.
Dans cette motion, les avocats faisaient valoir qu’en cas de libération sous caution alors qu’un ICE detainer était actif, les agents fédéraux pourraient immédiatement prendre Pedre en charge, sans garantie qu’il soit ramené devant le tribunal pour répondre aux accusations pénales en cours.
« Il y a de fortes chances que M. Pedre ne soit pas ramené devant cette Cour pour se défendre », indiquait notamment la requête.
Cette demande est intervenue peu avant l’expiration de la fenêtre de 48 heures dont dispose généralement ICE pour intervenir après le paiement d’une caution. La caution avait été versée le lundi 22 décembre, et la requête accompagnée d’un plaidoyer de non-culpabilité avait été déposée le lendemain mardi 23 décembre. Le parquet s’est opposé à la révocation de la caution.
À compter de mercredi, Carel Pedre apparaissait officiellement comme étant en détention ICE au centre de Krome, une prison tristement connue de nombreux Haïtiens arrivés par la mer lors des vagues migratoires des années 1980 et 1990.
Un contexte politique défavorable
À cette situation déjà délicate s’ajoute un climat politique peu favorable. Haïti figure parmi les pays dont les ressortissants sont actuellement soumis à des restrictions d’entrée sur le territoire américain sous l’administration Trump. Bien que ces mesures ne soient pas directement liées au dossier individuel de Carel Pedre, elles contribuent à un environnement globalement défavorable pour les ressortissants haïtiens confrontés à des procédures migratoires.
Âgé de 45 ans, Carel Pedre a été arrêté dimanche dernier à Tamarac, dans le comté de Broward, à la suite d’une bagarre survenue dans son appartement avec sa compagne. L’incident, survenu au cours de la journée, a conduit à son interpellation par les autorités. Il a été inculpé pour voie de fait (misdemeanor battery) et placé en détention à la prison principale du comté de Broward, à Fort Lauderdale.





