
La communauté haïtienne de Louisville peine encore à se remettre du choc provoqué par le crash du vol cargo UPS 2976, qui a fait 14 morts, dont deux de ses membres : Louines “Lou” Fedon, figure respectée et pilier de la diaspora locale, et sa petite-fille de 3 ans, Kimberly Asa. Leur disparition tragique a bouleversé cette communauté modeste mais unie, soulignant la profondeur du vide laissé par leur perte.
LOUISVILLE, Ky. (LE FLORIDIEN) — La petite communauté haïtienne de Louisville demeure profondément bouleversée trois semaines après le crash tragique du vol cargo UPS 2976, survenu le 4 novembre et qui a fait 14 victimes. Parmi les personnes tuées figurent deux de ses membres : Louisnes “Lou” Fedon, 47 ans, et sa petite-fille de 3 ans, Kimberly Asa. Leur disparition a suscité une vive émotion et ravivé un profond sentiment de deuil collectif au sein de cette communauté soudée.
Pour cette diaspora modeste, soudée et fortement enracinée, la perte est dévastatrice. Lou Fedon, arrivé aux États-Unis en 1991 alors qu’il fuyait le chaos d’un coup d’État militaire en Haïti, a passé plus de trois décennies à reconstruire sa vie. D’abord placé en famille d’accueil à Philadelphie, il a ensuite trouvé à Louisville un foyer, une stabilité et une communauté qu’il a contribué à fortifier par son dévouement, sa générosité et un sens profond de la responsabilité familiale.
Il travaillait au Grade A Auto Parts, le même établissement où il a péri avec sa petite-fille lorsque l’avion s’est écrasé dans le stationnement. Selon les proches, tous deux effectuaient une course de routine — un geste banal qui s’est transformé en tragédie.

Le Dr Célève Izean, pasteur et conseiller spirituel qui connaissait Fedon depuis plus de 30 ans, peine encore à accepter la nouvelle. « Je l’ai rencontré à mon arrivée en Amérique. Il était à peine adolescent, en famille d’accueil… juste un jeune qui essayait de recommencer sa vie », confie-t-il. Revenu à Louisville pour soutenir les familles touchées, il dit les trouver « épuisées par les démarches et anéanties par la douleur ».
Considéré comme un homme fiable, calme et entièrement dévoué aux siens, Lou Fedon soutenait financièrement des proches aux États-Unis comme en Haïti. Pour beaucoup, il incarnait la résilience haïtienne : celle d’un jeune réfugié devenu un travailleur respecté et un repère pour toute une communauté.
Des funérailles marquées par une profonde émotion
Les funérailles de Lou Fedon et de sa petite-fille Kimberly ont constitué un moment d’une intensité rare, révélant l’ampleur du deuil qui frappe les familles et la communauté haïtienne de Louisville. Dans un geste exceptionnel, la famille a ouvert au public cette cérémonie pourtant intime, permettant à chacun de percevoir la profondeur du lien qui unissait le grand-père et sa petite-fille.

Lou et Kimberly ont été inhumés ensemble dans un même cercueil, entouré de marguerites et de roses blanches — des fleurs symbolisant la pureté, l’innocence et la tendresse. La chapelle, pleine à craquer, vibrait d’un mélange de chagrin, d’amour et de recueillement.
Sherline Fedon, fille de Lou et mère de Kimberly, a livré un témoignage profondément émouvant. Elle a raconté leur dernier moment ensemble : « J’avais amené Kimberly au travail, et mon père est passé la chercher. C’est la dernière fois que je les ai vus. » Malgré une douleur indescriptible, elle dit puiser de la force dans sa foi, convaincue que son père — « le père de tout le monde » — et sa petite, passionnée de danse, de chants religieux et déjà engagée dans la vie spirituelle, reposent désormais en paix. « Aussi difficile que ce soit, je ne peux pas être en colère. Je sais où ils sont. »
Une communauté meurtrie mais unie
Alors que les familles attendent encore de finaliser certaines démarches, la communauté haïtienne tente tant bien que mal de se rassembler. Le crash du vol UPS 2976 n’a pas seulement coûté la vie à 14 personnes : il a arraché un de ses piliers, une enfant aimée de tous, et un autre compatriote, plongeant Louisville dans un deuil collectif d’une ampleur inédite.
Lou Fedon et la petite Kimberly laissent derrière eux un héritage de douceur, de générosité et de foi — un héritage que leur communauté s’efforce aujourd’hui d’honorer dans la dignité et la solidarité.





