
Overview
Né en Haïti, élevé dans une famille immigrée, Berny Jacques est aujourd’hui à l’avant-garde d’une offensive législative sans précédent contre les immigrants en Floride. Une ligne de fer qui suscite colère, malaise et incompréhension au sein de la communauté haïtienne.
Tampa, Floride (Le Floridien) – La récente prise de position du député républicain de Floride Berny Jacques contre les immigrants en situation irrégulière suscite une vive incompréhension, voire une profonde indignation, au sein de la communauté haïtienne de Floride. Pour beaucoup, l’attitude du législateur apparaît comme un paradoxe troublant, voire une trahison symbolique, compte tenu de son propre parcours migratoire.
Né à Port-au-Prince, en Haïti, Berny Jacques est lui-même issu de l’immigration. Il a immigré en Floride, aux États-Unis, en 1994. Son ascension politique — de fils d’immigrants haïtiens à élu à la Chambre des représentants de Floride (district 59) — est souvent citée comme un exemple de réussite du rêve américain. C’est précisément cette trajectoire qui rend sa position actuelle d’autant plus difficile à accepter pour une partie de ses compatriotes d’origine.
Le district 59, représenté par le député haitiano-américain Berny Jacques, se trouve dans le comté de Pinellas, sur la côte ouest de la Floride, au cœur de la région métropolitaine de Tampa Bay.
Une législation jugée excessivement répressive
Le député Jacques a récemment déposé le projet de loi HB 197, un texte de grande portée visant à durcir considérablement les restrictions contre les immigrants sans statut légal en Floride. Le projet, soutenu par une mesure équivalente au Sénat déposée par le sénateur Jonathan Martin, prévoit notamment :
- l’interdiction pour les immigrants sans papiers d’ouvrir des comptes bancaires en Floride ;
- l’accès bloqué aux prêts, à l’aide à l’accession à la propriété et à certaines licences délivrées par l’État ;
- l’interdiction d’envoyer des fonds vers l’étranger depuis la Floride ;
- un durcissement extrême des sanctions contre les employeurs, incluant des peines criminelles et la révocation définitive de licences commerciales.
Le texte impose également l’utilisation obligatoire du système fédéral E-Verify et introduit une présomption de culpabilité automatique pour les immigrants sans statut impliqués dans des accidents de la route, sauf preuve contraire « claire et convaincante ».

« Une position qui nie l’histoire migratoire »
Dans les quartiers à forte concentration haïtienne du sud de la Floride, de nombreuses voix dénoncent une politique qu’elles jugent inhumaine, stigmatisante et déconnectée des réalités sociales.
« Quand un élu né en Haïti adopte un discours aussi dur contre les immigrants, c’est toute une communauté qui se sent rejetée », confie un leader communautaire de Miami-Dade. Pour plusieurs observateurs, la rhétorique de Berny Jacques reprend fidèlement celle de l’aile la plus conservatrice du Parti républicain, sans tenir compte du rôle central que jouent les immigrants — documentés ou non — dans l’économie floridienne.
Un contraste saisissant avec la réalité économique
Le projet de loi s’inscrit dans une offensive plus large menée par les républicains de Floride, notamment par le directeur financier de l’État, Blaise Ingoglia, qui affirme vouloir éliminer ce qu’il qualifie de « magnet pour l’immigration illégale ». Pourtant, pour de nombreux membres de la diaspora haïtienne, ces mesures risquent surtout de pénaliser les travailleurs les plus vulnérables, tout en profitant à long terme à un système économique qui a longtemps tiré avantage d’une main-d’œuvre précaire.
Un malaise durable
Le district 59 est considéré comme politiquement conservateur, ce qui explique en partie l’alignement du député sur les politiques républicaines strictes en matière d’immigration. Toutefois, la position personnelle de Berny Jacques — né en Haïti et issu de l’immigration — accentue le contraste et alimente le malaise au sein de la diaspora haïtienne, notamment dans le sud de la Floride, où vivent de nombreux immigrants récents.
Sans remettre en cause la légalité du débat sur l’immigration, plusieurs Haïtiens de Floride estiment que Berny Jacques aurait pu adopter une approche plus nuancée, tenant compte de son histoire personnelle et de celle de sa communauté d’origine.
« Personne ne lui demande de défendre l’illégalité, mais on attendait au moins une position humaine, équilibrée, consciente de ce que vivent les immigrants », résume une militante associative de Broward County.
À l’heure où ni le HB 1307 ni le SB 1380 n’ont encore été assignés à des commissions législatives, le débat ne fait que commencer. Une chose est sûre : la fracture entre Berny Jacques et une partie importante de la communauté haïtienne de Floride est désormais bien réelle.
Note éditoriale – Le Floridien
Cet article s’inscrit dans une démarche d’information et de réflexion. Le Floridien reste attaché au pluralisme des opinions et au débat démocratique, dans le respect des faits et des personnes.





