Gamal Augustin derrière les barreaux : de Bamboch TV à la “bamboche” présumée avec des fonds publics

Gamal Augustin, ancien directeur général de la Télévision Nationale d’Haïti (TNH) et ex-animateur de l’émission culturelle Bamboch TV, arrêté en septembre 2025 pour détournement de fonds publics et abus de fonction.

Par Dessalines Ferdinand ______________________________

L’arrestation de Gamal Augustin, ancien directeur général de la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), a provoqué un véritable électrochoc dans le paysage politico-médiatique haïtien. Celui qui fut autrefois une figure montante du divertissement, animateur de l’émission culturelle à succès Son Lari-a ! diffusée sur ‘Bamboch TV’ à Miami, se retrouve aujourd’hui incarcéré, accusé de détournement de biens publics et d’abus de fonction.

Le mardi 23 septembre 2025, cet ancien résident de Floride, jadis très actif dans la diaspora haïtienne, a été arrêté à Port-au-Prince après son audition par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC). Selon les accusations portées contre lui, plusieurs millions de gourdes se seraient évaporés durant son mandat à la tête de la télévision d’État. L’affaire met en lumière la volonté affichée des autorités de combattre l’impunité endémique au sein de l’administration publique.

On aurait pu croire que, malgré l’absence de carte de résidence aux États-Unis, Gamal Augustin avait, en 2011, fait le choix difficile de quitter le relatif confort familial de la diaspora pour s’installer en Haïti, animé par le désir déclaré d’épauler son ami et mentor, l’ancien président Michel Martelly, dans sa volonté de “faire avancer le pays”. Son accession à la direction de la Télévision nationale semblait incarner ce projet. On pouvait espérer qu’il mettrait au service de l’institution ses modestes compétences dans l’audiovisuel, au nom d’un engagement patriotique. Mais l’ironie est cruelle : son arrestation suggère au contraire que son véritable projet n’était pas de servir l’État, mais de « bambocher » avec l’argent public, en reproduisant dans l’administration les dérives d’une culture du gaspillage et du privilège.

Ce scandale illustre une réalité que de nombreux Haïtiens honnêtes de la diaspora avaient déjà pressentie : une partie de ceux qui quittent les États-Unis, le Canada ou l’Europe pour intégrer une institution publique en Haïti, ne le font pas par patriotisme mais pour profiter du désordre administratif chronique. Cette faiblesse structurelle de l’État devient pour eux une opportunité de s’enrichir illicitement en exploitant les ressources publiques, au détriment du peuple.

Proche de Michel Martelly, Gamal Augustin avait su capitaliser sur ses réseaux politiques pour gravir les échelons de l’appareil d’État. Mais son passage à la tête de la TNH — autrefois vitrine officielle du pays — est aujourd’hui entaché de soupçons graves de mauvaise gestion. Les premières enquêtes évoquent des irrégularités financières et matérielles incompatibles avec la fonction qu’il occupait.

Menotté et encadré par les forces de l’ordre, Gamal Augustin, ex-directeur général de la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), quitte le parquet de Port-au-Prince pour être transféré en prison. — Source photo : Gazette Haïti.

Ses avocats ont tenté d’obtenir sa libération en déposant une requête en habeas corpus, rejetée par le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, Bernard Saint-Vil. Le dossier a été confié au juge d’instruction Étienne Mercier, qui devra examiner les charges retenues et décider des suites judiciaires.

Dans l’opinion publique, les réactions oscillent entre scepticisme et attente. À Miami, où Augustin fut longtemps une personnalité controversée du monde de l’entertainment haïtien, beaucoup redoutent que cette affaire, comme tant d’autres, ne se solde par une impasse judiciaire. Certains dénoncent une « cabale politique », estimant que l’ancien patron de la TNH paie surtout le prix de ses affiliations et inimitiés. D’autres réclament au contraire que la justice aille au bout, que les fonds présumés détournés soient restitués et que ce procès serve d’exemple — en particulier pour ceux de la diaspora qui croient pouvoir utiliser les biens publics à des fins personnelles.

Le cas Augustin s’inscrit dans une série de scandales de corruption impliquant d’anciens responsables d’institutions publiques. Mais rares sont ceux qui, jusque-là, ont été effectivement jugés et condamnés. L’affaire représente donc un test majeur pour la justice haïtienne : saura-t-elle transformer ses discours de fermeté en actes concrets ?

De figure connue du monde culturel haïtien à Miami à principal suspect de l’ULCC à Port-au-Prince, Gamal Augustin incarne une trajectoire fulgurante mais profondément controversée. Reste à déterminer si cette arrestation marquera un véritable tournant dans la lutte contre la corruption en Haïti, ou si elle ne sera qu’un épisode de plus dans l’interminable chronique de l’impunité.

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