Par Le Floridien _________ Aland Etienne, un agent de sécurité haïtien de 46 ans, a perdu la vie de manière tragique le 28 juillet 2025, dans une fusillade survenue dans le hall du 345 Park Avenue, un gratte-ciel emblématique de Manhattan où se trouvent les bureaux de la Ligue nationale de football (NFL) et d’autres grandes entreprises. Ce drame a bouleversé sa famille, ses proches, et la communauté haïtienne de New York tout entière.
Originaire d’Haïti, Aland vivait à Canarsie, un quartier populaire de Brooklyn où réside une importante communauté haïtienne. Père de deux enfants, il était reconnu par ses proches comme un homme dévoué, discret, travailleur et aimant. Son frère, Gathmand Etienne, a partagé un message déchirant sur les réseaux sociaux, soulignant qu’Aland était bien plus qu’un frère : un père, un fils, un pilier. Il évoquait la douleur immense laissée par sa perte, la décrivant comme un vide insoutenable et une blessure ouverte pour toute la famille.
Le jour de la fusillade, Aland exerçait ses fonctions comme d’habitude, assurant la sécurité du bâtiment et veillant sur les visiteurs et les employés. L’assaillant, Shane Devon Tamura, 27 ans, armé d’un fusil M4, a fait irruption dans le hall vers 10 h 30 du matin. Il a d’abord abattu un policier de New York d’origine bangladaise, Didarul Islam, qui était en congé mais intervenait pour désarmer l’agresseur. Aland Etienne, qui se trouvait derrière son poste, n’a pas eu le temps de réagir. Il a été tué sur place, abattu froidement dans l’exercice de son métier. Deux autres victimes ont aussi perdu la vie ce jour-là : Wesley LePatner, une directrice de Blackstone, et Julia Hyman, une jeune diplômée de l’université Cornell qui venait de commencer sa carrière.
La mort d’Aland a provoqué une onde de choc au sein de la communauté haïtienne. Beaucoup y ont vu un reflet de la réalité vécue par des milliers d’Haïtiens à New York : des travailleurs de l’ombre, souvent discrets, qui assument des fonctions essentielles sans recevoir la reconnaissance qu’ils méritent. Le syndicat SEIU Local 32BJ, qui représente les agents de sécurité à New York, a salué le courage et la loyauté d’Aland Etienne. Son président, Manny Pastreich, l’a qualifié de “héros new-yorkais”, soulignant qu’il était l’exemple même du travailleur engagé, prêt à tout pour assurer la sécurité des autres. Selon lui, sa mort tragique doit rappeler l’importance de valoriser ces hommes et ces femmes qui protègent la vie des autres souvent au péril de la leur.

La fusillade a également relancé le débat sur la santé mentale et l’accès aux armes à feu. L’auteur de l’attaque avait laissé une note évoquant des problèmes neurologiques et exprimant une rancune envers la NFL, qu’il accusait d’avoir ignoré les conséquences des traumatismes crâniens. Il demandait que son cerveau soit analysé après sa mort, soupçonnant être atteint d’encéphalopathie traumatique chronique (CTE), un trouble que l’on retrouve fréquemment chez les anciens joueurs de football américain. Cette dimension tragique ajoute à la complexité de l’événement, mais elle ne peut occulter l’irréparable : la perte d’innocents dont le seul tort était d’être présents à leur poste de travail ce jour-là.
Pour la famille Etienne, le deuil s’annonce long et difficile. Au-delà de la douleur, il y a les réalités pratiques : une mère désormais seule pour élever deux enfants, dont un garçon de sept ans, une famille endeuillée à soutenir, et un avenir à reconstruire malgré l’absence d’un être cher. Des voisins, amis, collègues et membres de la communauté haïtienne ont exprimé leur solidarité en ligne et en personne. Des collectes de fonds ont été évoquées pour soutenir la famille et alléger les frais liés aux funérailles et à l’accompagnement des enfants.
La disparition d’Aland Etienne rappelle que derrière chaque uniforme, chaque badge, il y a une histoire, une famille, un rêve. C’est aussi un appel à la mémoire collective : celui de ne pas laisser sombrer dans l’oubli ceux qui tombent en héros sans uniforme militaire, dans l’anonymat de leur quotidien. Pour la communauté haïtienne de New York, c’est une blessure de plus, mais aussi une raison de se rassembler, de se soutenir, et de continuer à faire entendre leur voix dans une ville aussi dure qu’inclusive.
Aland Etienne est mort en faisant son travail, humblement, dignement, dans un monde souvent indifférent. Son nom restera dans les cœurs de ceux qui l’ont aimé, et dans la mémoire d’une ville qui doit plus que jamais reconnaître ses véritables héros.






