L’Émergence d’un Nouveau Leader Politique pour Sonner le Ralliement National

Par Harold Bastien ________________

De nos jours, nombreux sont nos hommes politiques qui nourrissent l’ambition de se porter candidats à la présidence aux prochaines élections. C’est un rêve bien légitime à notre sens, mais l’expérience a prouvé que l’exercice de la fonction de chef d’État n’est jamais le résultat d’une action spontanée, inspirée par l’émotion. Il doit être un acte mûrement réfléchi, soumis au contrôle de la raison.

Tout homme politique qui souhaite être candidat aux prochaines élections doit s’interroger en vue de savoir s’il est à droite, à gauche ou au centre. En dehors d’un consensus, il sera très difficile pour la droite ou la gauche d’imposer le prochain président. Il est à remarquer que la crise qui a conduit le pays à tous les déséquilibres est née d’une lutte politique acharnée, opposant la droite et la gauche.

Puisque la crise vient des deux extrêmes, seul un candidat issu du centre, qui n’a pas abandonné le peuple dans les jours sombres, aura peut-être la chance de trouver un soutien populaire, à condition de ne pas laisser sonner le glas de ses ambitions au clocher de certaines erreurs politiques.

Dans la conjoncture actuelle, si un candidat pense que la société civile pourra faire de lui le futur président, nous prenons la très respectueuse liberté d’affirmer qu’il ne fait que rêver. La société civile a perdu le respect et la confiance de la population. Le rôle qu’elle avait joué dans le passé dans la désignation des présidents est révolu. Autrefois on décidait pour le peuple ; de nos jours, le peuple veut être consulté, faire passer ses suggestions, ses recommandations et fixer sa position. Les choses ont beaucoup changé ces derniers temps.

La société civile, dans toutes ses démarches, n’a pas changé de ton. Elle parle et agit pour l’élite haïtienne mais ne défend jamais les intérêts de la masse. Tout candidat endossé, ouvertement ou secrètement, par la société civile aura des chances réduites d’obtenir le soutien populaire.

L’Église catholique non plus ne pourra pas imposer un candidat. Ses mauvaises expériences dans le passé, lorsqu’elle s’était engagée en faveur d’un candidat qui avait un très beau discours, de très bonnes intentions peut-être, mais qui n’a pas su donner de résultats à la hauteur des attentes nationales, la mettent aujourd’hui dans une position délicate face à l’opinion publique. Son candidat risque fort d’être rejeté par les masses.

Le secteur protestant pourrait bien s’engager dans les prochaines élections ; ce n’est pas une hypothèse à écarter. Mais si ce candidat émerge en Haïti, querelles intestines, divisions, luttes d’influence sont autant d’obstacles capables de l’affaiblir. S’il vient de l’étranger, il est presque certain qu’il se heurtera à des barrières constitutionnelles.

Même si le secteur vaudou ne présente pas de candidat, gardons à l’esprit que les vaudouisants ne seront ni absents ni indifférents. Le nouveau leader, quelle que soit sa foi religieuse, ne devra pas négliger de les consulter, de prendre leurs conseils. Leurs influences restent essentielles, leurs actions déterminantes dans nos batailles politiques, car ce sont eux qui connaissent « l’Haïti réel », « l’Haïti profond ».

À ce carrefour, l’émergence d’un nouveau leader politique pour guider le pays et remettre le peuple au travail est une exigence de la conjoncture. Ce leader doit montrer un intérêt vital pour l’œuvre de reconstruction du pays, venir avec un nouveau parti politique pour sonner le ralliement national, recruter des Haïtiens crédibles, des gens honnêtes, rassembler des groupes de réflexion pour redéfinir un plan de bonne gouvernance.

Pour notre pays meurtri et ruiné, il faut des réponses concrètes et des actions immédiates pour mettre fin au cauchemar de l’insécurité, source de toutes les souffrances qui traversent actuellement les différentes couches sociales.

L’impuissance de la justice, malgré la bonne volonté de nos juges, et la faiblesse de la police, en dépit du courage de nos braves policiers, engendrent dans le pays deux catégories d’individus : les corrompus et les méchants.

Les corrompus, ce sont ceux qui occupent des fonctions dans l’administration publique et qui se soucient uniquement de leurs intérêts personnels. Servir le pays avec un minimum de patriotisme est la dernière de leurs préoccupations.

Dans le camp des méchants se rangent les repris de justice, les escrocs notoires, les voleurs, les faussaires, les bandits, les cambrioleurs. Toutes les activités autrefois souterraines remontent aujourd’hui au grand jour. Toutes les occasions de s’enrichir sont bien accueillies. Tout est permis, rien n’est honteux. Les criminels circulent plus librement que les paisibles citoyens, ils parlent plus fort que les honnêtes gens.

Devant ce tableau révoltant, nous croyons fermement que le pays a besoin d’un nouveau leader pour sonner le ralliement national, apporter de nouvelles perspectives capables de corriger l’état désastreux dans lequel le pays est plongé.

La garantie de la paix et de la sécurité doit figurer au premier plan de l’agenda politique de ce nouveau leader. La voie à suivre est celle qui peut nous conduire au rapprochement des cœurs, à la cohabitation pacifique, au développement de l’esprit de tolérance et du respect mutuel.

Le nouveau leader tant souhaité devra chercher à éteindre la violence par le dialogue et non par la violence elle-même. L’usage de la force crée toujours la volonté de revanche. Il est grand temps de mettre fin à cette culture de la violence : violence pour intimider, violence pour dominer, violence pour régner, violence pour posséder.

Pour apporter un baume de consolation à notre société en souffrance, Haïtiens de partout, cessons les batailles, renonçons à la violence, trouvons des solutions pour permettre à notre cher pays, grand à bien des égards, de retrouver dans le concert des nations civilisées une place digne de son passé héroïque et historique.

L’expérience a prouvé que, si la popularité est une condition nécessaire pour devenir président, elle n’est pas toujours suffisante pour gouverner un pays. De ce fait, nous espérons que le nouveau leader qui prendra les rênes du pouvoir ne sera pas un acteur mais un leader responsable, un leader effectif et non un leader « impressionnant » ou impulsif.

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