
(Le Floridien) — L’onde de choc du vaste scandale des faux diplômes d’infirmiers délivrés en Floride n’est toujours pas terminée. Plus de deux ans après les premières arrestations, les sanctions disciplinaires se multiplient à travers les États-Unis. Dernier épisode en date : l’État du Connecticut vient de révoquer la licence d’un autre infirmier lié au réseau frauduleux, portant à près d’une centaine le nombre de licences annulées dans cet État seulement.
Selon le Département de la Santé publique du Connecticut, Abiola Fagbemigun avait soumis de faux relevés de notes et un diplôme attribué à Azure College, une école privée de Floride aujourd’hui au cœur de l’enquête fédérale connue sous le nom d’« Operation Nightingale ». Le 4 février, sa licence d’exercice a été officiellement retirée après que les enquêteurs ont conclu que le programme d’études qu’il prétendait avoir complété — un programme passerelle d’infirmier auxiliaire (LPN) à infirmier autorisé (RN) — n’avait jamais existé.
Cette décision n’est pas un cas isolé. Depuis que les autorités fédérales ont alerté les régulateurs du Connecticut à la fin de 2022, près de 100 infirmiers ont soit volontairement remis leur licence, soit été sanctionnés par une révocation.
Un scandale national qui continue de s’étendre
« Operation Nightingale » constitue l’une des plus importantes enquêtes fédérales jamais menées dans le domaine de la santé aux États-Unis. Les autorités affirment qu’un vaste réseau d’écoles privées à but lucratif, principalement situées en Floride, aurait vendu de faux diplômes et relevés de notes permettant à des candidats de se présenter à l’examen national d’infirmier (NCLEX) sans avoir suivi la formation requise.
Or, la formation en soins infirmiers aux États-Unis exige normalement des centaines d’heures de formation clinique pratique. En Floride, près de la moitié du programme doit être consacrée à des stages supervisés auprès de patients.
Les enquêteurs fédéraux estiment que plus de 7 000 personnes à travers le pays auraient participé, directement ou indirectement, à ce système frauduleux.
La confirmation venue de l’intérieur
En 2025, Jose Napoleon, directeur des admissions d’Azure College, a reconnu devant des agents fédéraux que l’établissement avait délivré de faux diplômes et relevés de notes entre 2017 et 2025. Dans le cadre de sa coopération avec les autorités, il a fourni une liste de bénéficiaires présumés, dont Fagbemigun.
Lors de la phase II de l’opération, plusieurs responsables et employés des écoles impliquées ont été arrêtés et inculpés pour complot en vue de commettre une fraude électronique. Parmi les personnes inculpées figurent Carleen Noreus, Herline Lochard, Patrick Buchanan, Gilbert Hyppolite, Irene Matthews, Lemuel Pierre, Joel Lubin, Victor Escalante Zerpa, Cleophat Tanis, Lonnette Blair et Stephanie Dorisca, selon le Département de la Justice.
Une complicité qui coûte cher
Au départ, certains détenteurs de faux diplômes ont soutenu qu’ils étaient victimes des écoles frauduleuses. Mais les autorités disciplinaires adoptent désormais une position beaucoup plus ferme : les infirmiers qui ont utilisé ces documents pour obtenir une licence ont participé au système.
Les révocations en série démontrent que le scandale n’était pas simplement une fraude académique : il s’agissait d’une atteinte directe à la sécurité des patients. En permettant à des personnes non formées d’exercer dans des hôpitaux, maisons de retraite et centres médicaux, le réseau mettait potentiellement des vies en danger.
Aujourd’hui, la réalité devient claire : même plusieurs années après l’obtention d’une licence, les dossiers sont réexaminés État par État. Une licence retirée signifie la fin de carrière immédiate, la perte d’emploi, l’impossibilité d’exercer dans un autre État et, dans certains cas, des poursuites criminelles.
Le message des autorités
Les régulateurs veulent envoyer un signal très clair : l’affaire n’est pas terminée. Chaque État examine maintenant ses registres et toute licence obtenue sur la base de documents frauduleux est susceptible d’être annulée, peu importe le temps écoulé.
Pour de nombreux membres de la diaspora haïtienne — très présents dans la profession infirmière — cette affaire constitue aussi un avertissement sévère. Le raccourci qui semblait permettre d’accéder rapidement à une carrière stable s’est transformé en catastrophe professionnelle et judiciaire.
L’« Operation Nightingale » démontre désormais une chose : les conséquences ne s’arrêtent pas aux arrestations des administrateurs d’écoles. Les détenteurs de faux diplômes continuent, eux aussi, d’en payer le prix — et cela pourrait encore durer plusieurs années.
NOTE: ‘Opération Nightingale’ vient du nom de Florence Nightingale (12 Mai 1820 – 13 Août 1910), la fondatrice des soins infirmiers modernes qui a transformé la profession en un domaine respecté, éduqué et scientifique.





