LE MILLIARDAIRE QUI A FAIT FORTUNE EN HAÏTI EST MORT : QU’A-T-IL LAISSÉ AU PAYS ?

Gilbert Bigio, fondateur de GB Group et longtemps présenté comme l’homme le plus riche d’Haïti, est décédé à 91 ans en Floride. Sa disparition relance le débat sur l’héritage économique et social qu’il laisse à Haïti.

Par Le Floridien Staff  | 

MIAMI — Gilbert Bigio, l’un des hommes d’affaires les plus puissants et controversés de l’histoire économique moderne d’Haïti, est décédé mardi 29 septembre 2026 en Floride, à l’âge de 91 ans. Fondateur de GB Group, il était régulièrement présenté comme l’homme le plus riche d’Haïti, voire comme le premier milliardaire du pays.

Ses funérailles étaient prévues ce jeudi 1er octobre à Hollywood, en Floride.

Né en 1935, Gilbert Bigio appartenait à une famille juive séfarade originaire d’Alep, en Syrie. Sa famille s’était établie en Haïti à la fin du XIXe siècle, certaines sources situant son arrivée en 1896. Les Bigio ont donc près de 130 ans d’histoire dans le pays.

Une fortune estimée à près d’un milliard de dollars

La fortune personnelle de Gilbert Bigio n’a jamais été établie publiquement avec précision. Certaines estimations l’ont située autour de 1 milliard de dollars américains, sans toutefois qu’un classement indépendant comme Forbes ait confirmé ce montant.

L’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ), qui a enquêté sur les structures financières de la famille dans le cadre des Pandora Papers, le décrivait comme étant souvent considéré comme la personne la plus riche d’Haïti.

C’est en 1972 que Bigio pose les bases de ce qui deviendra GB Group, notamment avec l’Aciérie d’Haïti. Au fil des décennies, l’empire familial s’étend à l’énergie, la distribution de carburant, l’immobilier, les télécommunications, les produits de consommation, la logistique et les infrastructures, avec des activités dans plusieurs pays de la Caraïbe.

Parmi ses investissements les plus emblématiques figure Port Lafito, au nord de Port-au-Prince. Entré en activité en 2015, il a été présenté comme le premier port privé en eaux profondes d’Haïti capable d’accueillir des navires Panamax.

Cette présence dans plusieurs secteurs stratégiques a conféré à la famille Bigio un poids considérable dans l’économie haïtienne pendant plusieurs décennies.

Affaires, politique et controverses

Gilbert Bigio affirmait pourtant vouloir rester à l’écart de la politique. Dans une interview accordée en 2007, il déclarait que le principe de sa famille était de ne pas se mêler de la politique haïtienne.

Son nom a néanmoins été associé à plusieurs épisodes politiques sensibles. Selon une enquête de l’ICIJ, le gouvernement américain avait sanctionné Bigio et certains membres de sa famille au début des années 1990 en raison de leur soutien présumé au régime militaire issu du coup d’État de 1991 contre le président Jean-Bertrand Aristide.

En 2020, la Cour supérieure des comptes avait également critiqué un contrat gouvernemental accordé à REPSA, une société de la famille Bigio, dans le cadre d’une enquête plus large sur la gestion de fonds publics. Selon l’ICIJ, l’entreprise avait obtenu un contrat de dragage de 30 millions de dollars alors qu’une décision gouvernementale avait fixé une limite correspondant à la moitié de ce montant.

En décembre 2022, une autre controverse éclate lorsque le gouvernement canadien impose des sanctions économiques à Gilbert Bigio, Reynold Deeb et Sherif Abdallah. Ottawa déclarait avoir des raisons de croire que ces membres influents de l’élite économique haïtienne apportaient un soutien financier ou opérationnel illicite à des gangs armés.

Ces sanctions entraînaient notamment le gel de leurs éventuels avoirs au Canada et une interdiction de transactions. Elles constituent toutefois des mesures administratives du gouvernement canadien et non une condamnation pénale prononcée contre Bigio par un tribunal.

Sa fortune avait par ailleurs attiré l’attention de la presse internationale. Les Pandora Papers ont révélé que Bigio était lié à au moins une douzaine de sociétés offshore, plusieurs établies aux Bahamas, ainsi qu’à des trusts bénéficiant à des membres de sa famille.

Selon les documents examinés par l’ICIJ, l’un de ces trusts détenait notamment une participation évaluée à 31 millions de dollars dans des entreprises haïtiennes, ainsi qu’une propriété d’environ 3 millions de dollars à Bal Harbour, en Floride. La détention de structures offshore n’est pas en elle-même illégale, mais ces révélations avaient alimenté le débat sur la fiscalité, la transparence financière et la concentration des richesses en Haïti.

Bigio avait également exercé pendant plus de vingt ans les fonctions de consul honoraire d’Israël en Haïti, avant d’être remplacé par son fils Reuven Bigio.

Quel héritage laisse Gilbert Bigio à Haïti ?

La disparition de Gilbert Bigio soulève désormais une question qui dépasse sa réussite personnelle.

Sa famille est implantée en Haïti depuis près de 130 ans et lui-même a consacré plus d’un demi-siècle à bâtir un empire présent dans certains des secteurs les plus importants de l’économie nationale. De l’Aciérie d’Haïti au carburant, de l’immobilier à la logistique et au Port Lafito, le nom Bigio a profondément marqué le paysage économique du pays.

Mais cette puissance financière s’est accompagnée de controverses concernant les rapports entre grandes fortunes et pouvoir politique, les structures offshore, la fiscalité et, plus récemment, les accusations formulées par le gouvernement canadien.

Présenté comme l’homme le plus riche d’Haïti, avec une fortune souvent estimée autour d’un milliard de dollars sans avoir été vérifiée de manière indépendante, Gilbert Bigio laisse derrière lui un puissant empire familial.

Sa mort ouvre aussi le débat sur son héritage : après avoir bâti une immense fortune en Haïti, qu’a-t-il véritablement laissé au pays et à la population haïtienne ?

C’est peut-être autour de cette question que se mesurera, au-delà de sa richesse, la place de Gilbert Bigio dans l’histoire d’Haïti.

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