République Dominicaine et Haïti : Même Niveau d’Alerte, Même Insécurité selon Washington

(Le Floridien) — Tous les Haïtiens ayant déjà visité la République Dominicaine savent que ce pays voisin n’a jamais été fondamentalement plus sûr qu’Haïti. Les deux nations partagent des réalités similaires en matière de gouvernance, où la corruption s’enracine jusque dans les plus hautes sphères de l’État. Et qui dit corruption, dit inévitablement banditisme — parfois sous des formes plus subtiles ou institutionnalisées. Longtemps perçue comme une destination touristique de choix dans les Caraïbes et comme une alternative « plus stable » à Haïti, la République Dominicaine voit aujourd’hui cette image écornée : le Département d’État américain vient de la reclasser au niveau 4 d’alerte de voyage, soit le plus élevé, au même titre qu’Haïti.

Cette décision, prise en raison de la montée inquiétante des actes de banditisme, d’agressions violentes et de cas de kidnappings, met en lumière une insécurité grandissante qui affecte non seulement les résidents mais également les visiteurs étrangers, y compris les citoyens américains.

Un changement de ton officiel

Dans sa dernière mise à jour du 12 juin 2025, le Département d’État américain note que « le crime violent est une préoccupation en République Dominicaine, malgré une présence policière accrue dans les zones touristiques ». Il est expressément conseillé aux voyageurs américains de ne pas afficher de signes de richesse, de se méfier des rencontres en ligne menant à des lieux isolés, et de faire preuve de grande prudence dans l’ensemble du pays, quelle que soit leur nationalité.

Cette classification est un signal fort. Jusqu’ici, la République Dominicaine se maintenait à un niveau 2 (vigilance accrue), mais les récentes hausses de criminalité ont forcé Washington à revoir son évaluation. Elle rejoint ainsi Haïti, déjà placée en niveau 4 depuis plusieurs années à cause de l’effondrement de l’ordre public, la prolifération des gangs armés et la multiplication des enlèvements.

Une réalité partagée dans la région

La décision de classer la République Dominicaine au même niveau qu’Haïti remet en question une perception souvent entretenue par les autorités dominicaines et certains médias : celle d’un pays refuge, sûr et organisé, en contraste avec le chaos haïtien. Or, selon les données américaines, les deux pays font désormais face à des défis sécuritaires d’une ampleur comparable.
Bien que le gouvernement dominicain ait tenté d’accroître la sécurité autour des zones touristiques, le Département d’État affirme clairement que les violences affectent « tous les résidents, quelle que soit leur nationalité. »

Un coup dur pour le tourisme et l’image régionale

Ce reclassement pourrait avoir un impact direct sur le tourisme dominicain, pilier central de son économie. Il place la République Dominicaine sur la même liste noire que des pays en guerre, ou confrontés à un effondrement institutionnel. Pour les investisseurs étrangers, notamment américains, cela soulève des questions sur la viabilité à long terme des projets dans cette région.

En mettant la République Dominicaine au même niveau d’alerte que Haïti, les autorités américaines reconnaissent que l’insécurité n’a pas de frontière dans l’île d’Hispaniola. Cette décision invite à une réflexion régionale profonde : plutôt que de nourrir une politique de rejet ou de supériorité vis-à-vis d’Haïti, la République Dominicaine ferait bien d’investir dans une stabilité durable et inclusive, car aucune île ne prospère durablement dans la peur et la violence.

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